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La coulée Grou
La coulée Grou est un cours d’eau qui sillonne une parcelle de terrain située complètement à l’extrémité est de l’île de Montréal dans le secteur de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles. À l’heure actuelle, la coulée Grou circule au sud de l’autoroute 40, entre l’ancien site d’enfouissement de Rivière-des-Prairies et la rue Sherbrooke vis-à-vis la 81e avenue.

Historique
Époque coloniale
La coulée Grou a été le lieu d’un rude combat entre les colons français et les Iroquois en 1690. La guerre entre ces deux groupes avait recommencé en 1687.

Le 2 juillet 1690 au matin, une troupe de cent Iroquois avait été aperçue le long de la rivière des Prairies et on rapportait qu’ils avaient déjà commis des méfaits. Les habitants de la côte de la Pointe-aux-Trembles se regroupèrent chez Jean Grou, dont la maison, fortifiée, était sise dans le bois, en arrière d’une coulée.

Les hommes, armés de leur haches et de leurs fusils, décidèrent de se battre et de suivre au combat sieur Colombet,un ancien lieutenant. Alors que les vingt-cinq hommes se positionnèrent sur la grève de la rivière des Prairies, les femmes, emportant avec elles les enfants, s’enfuirent dans la forêt.

Les combattants de Colombet tirèrent en premier et firent chavirer quatre canots. Surpris par cette embuscade, les Iroquois changèrent leurs parcours et ramèrent vers la rive. Une fois le pied à terre, un violent combat, corps à corps, s’ensuivit le long de la « coulée-à-Grou ».

Colombet tenta de faire retrancher ses hommes vers le fort, mais sans succès. Le furieux combat mena à la mort de trente Iroquois et de neufs colons français sur le terrain. Le restant des Iroquois prirent la fuite, emportant avec eux huit prisonniers.

Entrainés à l’île Jésus, quatre des capturés furent torturés et brûles vifs. Les autres furent emportés en territoire Iroquois. Parmi les brûlés, on dénote Jean Grou, le propriétaire du terrain où a eu lieu la bataille. Un cordonnier normand venu de France en 1675, celui-ci est l’ancêtre du chanoine Lionel Groulx, figure importante québécoise pour qui une station de métro a été nommée.

Entre 1920 et 1936, un monument fut élevé par la Commission des Sites et Monuments Historiques du Canada aux abords le la coulée Grou, là où le boulevard Gouin courbe pour aller rejoindre la rue Sherbrooke. L’érection de ce monument sur le site avait pour but de rendre hommage aux modestes combattants français s’étant livrés à une sanglante bataille.

XXe siècle
La coulée Grou aurait autrefois peut-être été alimentée par la coulée Des Roches. Irwin Shulman, journaliste pour le Montreal Daily Star, a écrit en 1951 que « Rock Creek », à l’époque déjà disparu, avait été un important cours d’eau se déversant à trois emplacements au Bout de l’Île, dont un tout près de l’île Bonfoin.

Au mois de décembre 1920, le chanoine Lionel Groulx a écrit ceci au sujet de la coulée :
« La coulée de Jean Grou roule toujours ses eaux comme autrefois, ombragée maintenant de frênes nostalgiques. Tranquille et profonde, elle décrit autour de la maison une courbe d'ombre. »

Le point intéressant à noter de ce passage est que les eaux de la coulée à cette époque pouvaient être caractérisées de profondes. Le secteur du Bout-de-l’Île a conservé une vocation principalement agricole jusque vers les années 1940. À partir de 1940 jusque vers 1960, l’agriculture laissa de plus en plus de place à la villégiature ; les habitants montréalais vinrent profiter du caractère champêtre de la région.

Côté infrastructure, le secteur ne comptait que quelques axes de développement en 1930 : au nord, le boulevard Gouin donnant accès à de nombreuses fermes et, au sud, le chemin de fer traversant la rivière des Prairies par l’île Bourdon et la rue Notre-Dame située en bordure de rive.

Entre 1930 et 1964, un changement vint cependant sévèrement perturber la coulée Grou. En effet, le prolongement de la rue Sherbrooke eut pour conséquence de scinder la coulée en deux. Jadis la source principale en eau de la coulée, le marais de tête devint isolé au sud de la rue Sherbrooke et déversa désormais ses eaux dans les conduits d’égout de cette rue.

Privé de cet écoulement d’eau, le débit de la coulée Grou en fut réduit. Une analyse de photos aériennes par la firme D et G Enviro-Group indique, en 1930, la présence en proximité avec la coulée Grou de deux cours d’eau secondaires s’écoulant vers le nord. En fait, l’un de ces cours d’eau aurait été connecté à (et donc alimenté en partie par) la coulée Grou. Les caractéristiques de ces cours d’eau secondaires auraient été semblables à celles de la coulée Grou en termes de débit, largeur, type d’écoulement et forme (des méandres allongés et parallèles). Une photo de 1964 démontre que l’avènement dans l’est de la rue Sherbrooke aurait rompu le lien entre le cours d’eau secondaire et la coulée Grou. Cette photo révèle aussi que le tracé de la coulée Grou aurait été remanié plus à l’est proche de l’île Haynes.

Des travaux de canalisation par excavation auraient éliminé la série de petites méandres qui s’y trouvaient, laissant plutôt place à un tronçon linéaire. Par la suite, en 1969, l’arrivée de l’autoroute 40 dans le secteur perturba les cours d’eau secondaires. Cette voie de circulation divisa en deux chacun de ceux-ci. Toutefois, des ponts ou des ponceaux sous l’autoroute permirent à l’eau de circuler du côté sud au côté nord.

Plusieurs photos de 1975 témoignent du début d’un site d’enfouissement tout juste au sud de l’autoroute 40 (et donc au nord de la coulée Grou). D’ailleurs, un chemin d’accès à la cellule d’enfouissement fut construit. Celui-ci, toujours présent, créa une discontinuité dans la largeur de la coulée, d’amont en aval. Le niveau d’eau en amont aurait été augmenté en comparaison avec la section en aval, probablement à cause d’un ponceau mal installé ou obstrué sous le chemin d’accès.

Les photos de 1983 font état de nombreux autres changements. Depuis 1975, la coulée Grou, entre le chemin d’accès à la cellule d’enfouissement et le boulevard Gouin, aurait été sujette au creusage de son lit et à la modification de son parcours. La portion de la coulée Grou située le long de la rue Sherbrooke aurait aussi été victime de creusage. De plus, un fossé de drainage aurait été créé à la limite ouest de la cellule d’enfouissement; celui-ci aurait été raccordé à la coulée.

D’importants changements ont aussi eu lieu dans les cours d’eau secondaires. Vu l’expansion de la cellule d’enfouissement, des étangs de sédimentation et d’aération furent aménagés à même le lit de ces cours d’eau. Le lit de ceux-ci fut aussi dragué pour inverser le courant et forcer l’écoulement vers la coulée. Ainsi, la portion de ces cours d’eau secondaires située au nord de l’autoroute 40 disparut, asséchée.





























































































































































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